La question de la fréquentation des plages et des piscines par le musulman est une question qui revient régulièrement, notamment en France où les espaces aquatiques sont majoritairement mixtes. Il est temps de poser les choses clairement, sans détour, en s’appuyant sur les textes de l’Islam et sur les avis des savants de la Sounnah.
Le point de départ : la mixité et la pudeur
L’Islam a établi des règles claires concernant la relation entre hommes et femmes qui ne sont pas liés par des liens de parenté proches (mahram). Ces règles visent à préserver la dignité des individus et à éviter les situations de tentation.
Le Prophète ﷺ a dit : « Il n’est pas permis à une femme de se trouver seule avec un homme qui ne lui est pas mahram, car le troisième d’entre eux est le Diable. » (Rapporté par Tirmidhi, authentique par al-Albânî).
Dans un autre hadith, il ﷺ a dit : « Que celui qui croit en Allah et au Jour dernier s’abstienne de faire entrer sa femme dans un bain public. » (Rapporté par Tirmidhi, authentique par al-Albânî). Et il a ajouté : « Chaque fois qu’une femme se déshabille en dehors du foyer conjugal, elle déchire le voile que son Maître établit entre elle et Lui. » (Rapporté par Tirmidhi, authentique par al-Albânî).
Ces hadiths concernent les hammams de l’époque, qui n’étaient même pas mixtes, hommes et femmes y avaient des créneaux séparés. Pourtant, le Prophète ﷺ a interdit à la femme d’y aller. La raison est simple : c’est un lieu de déshabillage, d’exposition au regard d’autrui, et donc de perte de la pudeur.
Que disent les savants sur les piscines et plages mixtes ?
La Commission Permanente pour la Consultation en Arabie Saoudite a été interrogée sur la pratique de la natation dans des piscines mixtes. Voici sa réponse :
« Le fait que hommes et femmes pratiquent la natation ensemble et le fait pour eux de se serrer la main après la baignade sont des choses très condamnables. Il n’est pas permis de le faire. »
Cheikh Ibn Outhaymine, qu’Allah lui fasse miséricorde, a été encore plus explicite :
« Le conseil que je donne à mes frères est de ne pas permettre à leurs femmes de fréquenter des clubs dotés de piscines et d’équipements sportifs car le Prophète ﷺ a exhorté la femme à rester chez elle. Quand une femme s’adonne à ces fréquentations, elle perd sa pudeur. Quand elle la perd, ne vous demandez pas ce qui pourrait lui arriver. »
Ces avis s’appliquent aux hommes tout autant qu’aux femmes. L’homme musulman est tenu de baisser son regard, de préserver sa pudeur, et de ne pas se mettre volontairement dans des situations de tentation. Or, dans une piscine ou sur une plage mixte, il est impossible d’éviter totalement les regards sur des awrat découvertes. C’est une réalité objective.
La distinction entre les espaces
Les piscines et plages publiques mixtes
Dans la grande majorité des piscines et plages françaises, hommes et femmes se côtoient. Les tenues de bain sont souvent minimales, et les corps sont exposés. Dans ce contexte, la fréquentation par le musulman (homme ou femme) est interdite selon la majorité des savants de la Sounnah.
Il ne s’agit pas d’un excès de rigueur, mais d’une application logique des principes de la charia : interdire les moyens qui mènent à l’interdit. La mixité dans un lieu de déshabillage et d’exposition corporelle est un moyen évident de tentation.
Les piscines à horaires réservés
Certaines piscines proposent des créneaux réservés exclusivement aux femmes. La Commission Permanente pour la Consultation a été interrogée sur ce point. Sa réponse :
« Il n’est pas permis d’aménager une telle piscine car on doit privilégier la prévention des dégâts par rapport à la réalisation des intérêts. »
Les arguments invoqués sont les suivants :
- La tenue de bain serrée dessine les contours du corps
- Même entre femmes, certaines parties du corps ne doivent pas être découvertes
- Le risque de photos et vidéos cachées est réel
Cheikh Ibn Outhaymine estimait également que les clubs féminins avec piscine étaient à éviter, car la femme y perd sa pudeur et s’y attache au détriment de ses obligations familiales.
Cela dit, certains savants, tenant compte des réalités urbaines et des besoins de santé, admettent qu’une piscine strictement réservée aux femmes, avec personnel féminin et tenue couvrante, peut être un moindre mal pour celles qui n’ont aucune autre option. Mais cela reste sujet à conditions strictes et n’est pas l’idéal.
Les espaces privés et contrôlés
Si vous disposez d’une piscine privée (chez vous, chez des proches) où vous contrôlez qui entre et qui sort, la situation est différente. Une femme peut se baigner couverte devant son mari et ses mahrams. Un homme peut se baigner devant sa femme et ses mahramates. C’est un espace contrôlé, et la tentation y est réduite.
Même dans ce cadre, la pudeur s’applique : la femme couvre son awra (tête incluse selon les écoles), l’homme couvre du nombril aux genoux.
La nature isolée
Se baigner dans une rivière, une cascade ou un lac éloigné, où il n’y a personne ou presque, est une situation différente. Le Prophète ﷺ lui-même se baignait parfois dans des sources d’eau. Mais si l’endroit est fréquenté et mixte, le problème reste identique.
La question du maillot de bain pour musulman
Certains pensent que le problème se résout en portant un maillot de bain couvrant, burkini pour la femme, sarouel de bain pour l’homme. C’est une erreur. Le problème n’est pas la tenue, mais le contexte. Même habillé de la tête aux pieds, un musulman ou une musulmane qui se trouve dans un espace mixte où des awrat sont exposées est dans une situation problématique.
La charia ne se réduit pas à couvrir son corps. Elle régule aussi l’environnement, les regards, les fréquentations. Porter un burkini sur une plage mixte ne rend pas licite la présence dans un lieu de tentation.
Ce que la Sounnah nous enseigne sur la prudence
Le Prophète ﷺ a dit : « Ce qui est licite est clair, ce qui est illicite est clair, et entre les deux il y a des choses douteuses. Que celui qui évite les choses douteuses préserve sa religion et son honneur. » (Rapporté par Bukhari et Muslim).
La plage mixte et la piscine publique sont clairement dans la zone douteuse, voire illicite selon la majorité des savants. Ce n’est pas un péché majeur comme l’adultère, mais c’est un moyen qui y mène. Et la charia interdit les moyens qui mènent à l’interdit.
Mais la Sounnah nous enseigne aussi la facilité dans la mesure du possible. Celui qui n’a aucune autre option pour faire du sport, celui qui vit dans un pays où les espaces séparés n’existent pas, celui qui a un besoin médical réel, son cas est différent. Il doit consulter un savant de confiance, expliquer sa situation, et agir selon ce qu’on lui conseille.
Ce que vous devez retenir
- Pour les plages et piscines publiques mixtes : La fréquentation par le musulman est interdite selon la majorité des savants. L’exposition aux regards, à la nudité partielle et à la tentation est trop grande.
- Pour les espaces réservés : Si vous trouvez une piscine avec horaires 100% femmes (ou 100% hommes), avec personnel du même sexe, et que vous portez une maillot de bain islamique couvrante, c’est un moindre mal acceptable pour certains savants, mais ce n’est pas l’idéal.
- Pour les espaces privés : C’est le meilleur cadre possible. Contrôlez l’environnement, préservez la pudeur, et profitez de l’eau dans la sérénité.
- Pour la nature isolée : C’est probablement le cadre le plus proche de ce que la Sounnah encourage, à condition qu’il n’y ait pas de mixité dévêtue.
La question que le musulman doit se poser avant d’aller à la plage ou à la piscine
Ce n’est pas « Ai-je le droit d’aller à la plage ? ». C’est plutôt : « Cet endroit me rapproche-t-il d’Allah ou m’en éloigne-t-il ? »
La plage est belle, l’eau est rafraîchissante, nager est bon pour la santé. Mais à quoi bon préserver son corps s’il perd son âme ?
Le Prophète ﷺ nous a enseigné que la pudeur (haya) est une branche de la foi. Quand on la perd, on perd quelque chose de précieux. Les plages et piscines mixtes, aussi innocentes qu’elles paraissent, sont des lieux où la pudeur s’érode. Petit à petit. Sans qu’on s’en rende compte.
conclusion
L’Islam n’interdit pas l’eau, la natation ou le sport. Il interdit les moyens qui mènent à l’interdit. Et dans le cas des plages et piscines mixtes, le problème n’est pas l’eau, c’est le contexte.
Pour le musulman qui vit en France, les espaces aquatiques publics sont mixtes, et leur fréquentation pose un problème de principe. Cela ne signifie pas qu’il faut renoncer à nager ou à se baigner. Cela signifie qu’il faut chercher des alternatives : espaces privés, nature isolée, piscines avec horaires réservés, ou simplement d’autres formes de sport.
Allah ne charge pas une âme au-delà de sa capacité. Celui qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour respecter les règles de sa religion, et qui ne trouve pas d’alternative, a sa récompense auprès d’Allah. Mais celui qui néglige ces règles sans effort, qui banalise la mixité dans les lieux de déshabillage, celui-là se trompe lourdement.
Qu’Allah guide les croyants vers ce qui Lui plaît et les préserve des tentations visibles et cachées. Amin.
